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Le père du magnétisme, le médecin Anton Franz Mesmer
(1734-1815)10, croyait que des fluides magnétiques animaient
les êtres humains. Il élabora même une technique visant à
rétablir la circulation de ces fluides dans le corps des malades.
Dans sa pratique, Mesmer observait fréquemment l'existence
d'un phénomène étrange qu'il nommait “rapport”. Ce
phénomène se produisait lors de la transmission du fluide
magnétique d'une personne à une autre. Lorsque ce rapport survenait, le sujet magnétisé manifestait une sensibilité particulière à l'égard du magnétiseur.
Le sujet était alors capable de percevoir les pensées et même les sensations corporelles du
magnétiseur. Mesmer constata que le magnétiseur pouvait, lui
aussi atteindre cette même sensibilité envers son sujet,
phénomène qu'il appelait “réciprocité magnétique”. Il constata
que les rapports magnétiques pouvaient même se colorer d'un
certain attachement du sujet envers le magnétiseur. Plusieurs
magnétiseurs rapportèrent que même après une séance, leurs
sujets percevaient une influence magnétique du magnétiseur.
Les travaux de Mesmer furent approfondis par le marquis
de Puységur (1751-1825)11. Celui-ci découvrit qu'il était
possible de magnétiser une personne de façon à ce qu'elle
semble dans un état de veille sans pour autant l'être. Cet état fut
appelé “somnambulisme magnétique”. Puységur observa que
cet état favorisait un processus curatif, mais contrairement à
Mesmer, il croyait que l'agent de la guérison n'était pas un fluide
magnétique mais plutôt la volonté du magnétiseur. Il constata
également que cet état permettait le développement d'une
lucidité chez certains sujets, c'est-à-dire qu'ils étaient en mesure
de diagnostiquer les maladies, de prévoir leur évolution et de
prescrire leur traitement, tant pour eux-mêmes que pour
d'autres personnes avec qui on les mettait en relation.
En s'inspirant des travaux de Puységur, le disciple de
Mesmer et Allemand Gmelin Kluge12 distingua six degrés dans
l'état magnétique :
1. l'état de veille avec une sensation de chaleur accrue ;
2. le demi-sommeil ;
3. l’obscurité intérieure, appelée le sommeil magnétique
avec insensibilité complète ;
4. la clarté intérieure, état permettant au sujet de
percevoir par le toucher ;
5. la contemplation de soi, aptitude du sujet à percevoir
avec une grande précision l'intérieur de son propre
corps et de celui d'autres personnes ;
6. la clarté universelle, aptitude du sujet à percevoir les
choses cachées dans le passé et l'avenir et des
événements se produisant dans un autre lieu.
Quoique peu de sujets parviennent à atteindre les trois
derniers états, plusieurs magnétiseurs relatent des cas où leurs
clients expérimentent le sixième degré. Ils ne sont cependant
jamais pris au sérieux par les médecins de l'époque.
En refusant de s'intéresser aux phénomènes intuitifs et
énergétiques associés aux passes magnétiques de Mesmer, le
système médical ouvrit la porte à deux mouvements de pensée :
– l'hypnose, qui découle du refus de reconnaître le
magnétisme et qui entraîna plus tard la naissance de la
psychanalyse ;
– le spiritisme, qui est une récupération du mouvement de
Mesmer et qui est à l'origine de la médiumnité en transe
profonde, populaire aujourd'hui parmi les adeptes du
nouvel âge.
Extrait du livre : L’Écoute Imaginaire de Sylvain Bélanger et Fabienne Scott, Édition Quintessence, 2004
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