|
La psychanalyste Élisabeth Laborde-Nottale va plus loin en
proposant une théorie permettant d'expliquer non seulement les
phénomènes télépathiques mais aussi la voyance. Pour avancer
cette hypothèse, elle utilise le mot “scopème” pour qualifier
l'entité signifiante reconnue lors d'une voyance. En général, le
voyant perçoit l'information qu'il reçoit comme étrangère à lui-même.
La perception des scopèmes, tout à fait inconsciente,
commencerait à mon avis dès le début de la vie de l'être humain
(déjà dans l'utérus), mais deviendrait de moins en moins utile au
cours de la maturation du bébé. Elle se poursuivrait par la suite,
naturellement et toujours de façon inconsciente, mais prendrait
moins d'importance au fur et à mesure que le bébé accéderait à
une autonomie et à ses capacités d'autoprotection [...] À partir
du moment où l'enfant peut se représenter par lui-même les
dangers, il n'a plus besoin de la prothèse de la pensée
maternelle. Tout au long de l'évolution qui conduirait l'enfant à
une pensée autonome, à la capacité d'interpréter ce que ses
propres sens lui révèlent, les impressions de scopèmes maternels
deviendraient secondaires pour lui et pratiquement inutiles. Il
continuerait probablement à pressentir inconsciemment sous
forme de scopèmes des quantités d'informations qui ne
deviendraient conscientes que dans certaines situations
exceptionnelles.
Laborde-Nottale ajoute encore : “Un des états qui rendrait
ces perceptions de scopèmes conscientes serait l'altération du
sentiment de l'identité...” Cette hypothèse expliquerait
pourquoi les magnétiseurs remarquèrent qu'après de
nombreuses passes magnétiques, le client pouvait développer
une certaine aptitude intuitive. Les passes magnétiques
apportent une détente tellement grande que le corps ne ressent
plus sa pesanteur physique. La limitation que la conscience
ressent par l'identification à son corps physique n'existe plus,
permettant ainsi d'avoir accès à des informations provenant
d'autres sources que son monde intérieur.
Mme Laborde-Nottale avance également l'idée que ce que
le clairvoyant perçoit est une interrelation de liens non logiques
sur son client, sous forme d'informations plus ou moins
conscientes, et qu'il ordonne ensuite pour en faire une histoire
logique. Le client reçoit ce scénario comme étant plausible
puisqu'il reconnaît certaines informations comme lui
appartenant.
Je ne puis être en accord avec Mme Laborde-Nottale.
Durant mes dix années de pratique et d'enseignement de
l'Écoute Imaginaire, j'ai observé coup sur coup que ces
interrelations qui apparaissent sans logique contiennent au
contraire une logique intelligente et extrêmement riche. Je crois
que c'est le manque de compréhension des mécanismes de
l'inconscient et de l'imaginaire qui font que de nombreux soidisant
clairvoyants, effectivement, se retrouvent à inventer des
histoires sur leurs clients à partir des perceptions floues et
décousues qu'ils reçoivent. Compte tenu qu'il n'existe aucune
structure professionnelle permettant de contrôler la qualité d'un
clairvoyant, il est possible que Mme Laborde-Nottale ait travaillé
avec des apprentis. D'ailleurs, le fait que ces clairvoyants soient
orientés vers la prédiction de l'avenir rend évident leur manque
de compréhension des mécanismes intuitifs. Selon moi, un
intuitif peut percevoir le potentiel d'un individu et son rôle sera
de le guider dans cette direction. Celui qui prétend percevoir
l'avenir ne fait que programmer l'inconscient d'un individu sans
lui donner un pouvoir créateur sur sa vie.
Les recherches de Mme Laborde-Nottale sont cependant
intéressantes pour expliquer le développement non volontaire
de la voyance. Son hypothèse permet d'expliquer que dans de
nombreux cas, l'individu dépourvu d'une solide identité
développe une certaine forme de clairvoyance non maîtrisée
pouvant déclencher soit un processus psychopathologique, soit
un pseudo-talent. J'en conclus qu'un clairvoyant désirant
améliorer ses performances doit posséder une solide identité
tout en ayant l'ouverture d'esprit nécessaire pour s'ouvrir aux
signaux subtils se manifestant dans son imaginaire. Pour y
parvenir, il lui est donc nécessaire de suivre un apprentissage lui
permettant d'atteindre des qualités professionnelles.
Extrait du livre : L’Écoute Imaginaire de Sylvain Bélanger et Fabienne Scott, Édition Quintessence, 2004
|